..."Ils demandèrent tous comment on fait pour écrire un livre.
On s'approche de Dieu et on lui dit: féconde mon esprit, mets-toi en mon coeur
et emporte-moi loin des autres,
ravis-moi.
Ainsi naissent les livres, ainsi naissent les poètes."

Ainsi écrivit Alda Merini, qui nous a laissé non de la rhétorique mais le monde le plus pauvre. S'éteint une voix qui a su chanter le mystère insondable de la tendresse de Dieu, avec une puissance et une profondeur qu'ont seuls les grands mystiques. Ses paroles sont comme de la lave surgie à l'improviste d'un cratère inattendu. Elles nous ont surpris, nous chrétiens. J'aimais depuis toujours citer ses paroles, elles me déchiraient le coeur. Puis vint le chant inattendu et prodigieux du "Magnificat", puis "Corpo d'amore", "Poema della Croce", "Cantico dei vangeli", "Francesco"... Alda Merini sera consacrée par tous comme une âme extraordinaire, une des voix les plus élevées dans l'art de chanter l'antique beauté de Dieu... Aujourd'hui elle est devant Lui, là elle demeurera, chantant à gorge déchirée les paroles que j'aurais voulu, de tout moi-même, pouvoir penser...

"De toutes parts,
bien que tu sois entièrement nu,
ou entièrement couvert,
ou entièrement fou,
je T'ai vu faire l'ascension des collines de mon origine
et je ne sais pas,
pour vraiment amoureuse que je sois,
comment Tu as fait pour me connaître
et qui a bien pu Te mettre à l'intérieur de moi.
Tu es une feuille,
un dessin abstrait,
un qui vole comme un aigle,
un qui jette des poignées de sel
dans mes blessures ouvertes,
mais peu importe:
c'est toujours le sel de cette mer
pleine de coraux, de poissons,
peut-être de cadavres, et d'infinis fonds marins.
Ce que Tu me dis n'a pas d'importance,
aucun des deux n'écoute l'autre,
parce que nos appels glissent au fond d'un monde
où nous vivons seulement moi et Toi
en compagnie d'un amour
dont personne jamais ne discutera
parce qu'à personne nous n'en avons parlé."

de "Corpo d'Amore"

Les paroles qu'Alda Merini fait dire à Marie dans un poème de "Magnificat" nous encouragent à vivre dans la lumière de Dieu :

"Vous êtes des ombres qui jettent de la lumière,
vous êtes des ombres scintillantes,
et même dans les nuits les montagnes
brillent de votre présence.
Vous êtes le volcan de Dieu,
vos cendres sont dispersées partout,
et vous êtes morts et amour,
et vous êtes morts et ressuscités,
et vous êtes la mort et la résurrection,
mais vous êtes aussi la grande vendange
de l'éternel sourire."

Merci, Alda petite pauvre, d'avoir proclamé que Dieu est la richesse des pauvres !

- Valter Ferrero, guitariste, le 3/11/09, traduit par Marina P.