La nuit neige

Tu eus froid
Aux fenêtres
Aimant

Ô ténèbre
Jusqu'aux villes venue
Habitable

Une peine
Mais légère
Portée

Pieds nus
Un enfant parle aux nuits
dans des milliers de larmes

*

Au petit jour

Vérité
Dans nos liens pareille au cerf
Accessible au chasseur
Cernée de chiens, et soupçonnée

On t'abat dans les allées
Sans feuille ni bruit de pas
On ne t'aime qu'à genoux
Sous les grands rires d'enfants

Ô captive uniquement
D'un amas de neige en mars
Aube à genoux des bouches qui se cherchent
Comme au dégel la pente à lèvres d'ange

Ô vérité comme une terre en perte rouge
Eperdue dans le petit jour
Ne parlant que livrée
Tu consens de tomber
Pour preuve encore d'amour

*

Vision
                                                 à Philippe Jaccottet
Simple
Au bout de l'allée d'harmonie
Le soir

Dans le brûlant de l'ombre
Chante un bonheur plus fort
Que le monde

Il y aurait l'air en feu
L'air en feuilles
Où l'on jouerait quoi qu'on veuille

A perdre les yeux clos
Et jusqu'à prendre flamme

*

Dôme


Un chemin mène à l'horizon merveilleusement teint de collines. Le pays rayonne dans l'ornière. Je vois des lampes bleues et noires, ce sont des pierres qu'un feu bouge, le soir, quand le pas creuse encore l'avenue. Et je sais la rumeur qui augmente le ciel, j'entends le chant patient de l'éveillé ; et l'invisible entre deux pierres, le long d'un vent, est un visage. Ce qui vient, vient brisé, et le pas tente un pas de rêve, d'autres pas brûlés comme les nôtres, ouvrant l'abîme nuitamment, dans la passion de l'éternel.

 

                                  Œuvre poétique, peintures & dessins (Voix d'encre 2000)