Cimetière de Montmartre 

 

Les marronniers sont noirs et nus

n'ont pour habit que la froidure et la rue.

O leur silence dans le bruit

et leur présence illuminant les cafés embués, les marchés

où piétine la vie des parisiens pressés !

Les branches me lancent un baiser

comme une fleur d'avril encore cachée.

Et voici le pont de Montmartre, entouré de tout petits toits. 

Est-ce une crèche emmitouflée de fleurs blanches tombées ? 

Ce sont des tombes enneigées, ici ma mère est enterrée.


"Trop tard" dit la nuit, "pas trop tard" dit l'étoile.

"Trop tard" dit l'hiver, "pas trop tard" dit la neige. 


De février te souviens-tu

de votre alliance dans la neige perdue ?

Père la portait à son cou

mais la chaîne s'était rompue ; à genoux

les doigts bleus, trois filles recherchaient le reflet d'or de leur naissance.


Ta tombe aussi je l'ai perdue

n'ai pour abri que la froidure et la rue.

Mais la ville est vêtue de blanc, comme pour un encièlement.

Montmartre est un de ces flacons où tourbillonne le pardon

mon coeur tourne dans les flocons comme un danseur endimanché !

"Trop tard" dit la nuit, "pas trop tard" dit l'étoile.

"Trop tard" dit l'hiver, "pas trop tard" dit la neige.

"Trop tard" dit la terre, "pas trop tard" dit le ciel.

"Trop tard" dit l'instant, "pas trop tard" dit le temps.