Une histoire de rencontres

Du plus loin que je me souvienne, la musique a brisé mon cœur. Elle l'a fait voler en éclats pour le disséminer au quatre coins de l'espace et du temps. Ainsi mon cœur a su qu'il était "étranger et voyageur sur la terre". Les sons apportaient avec eux une vision : celle d'un chemin où marche une foule d'humains, les uns pleurant, d'autres riant, de tous âges, conditions, couleurs. Beaucoup plus tard à vingt-et-un ans : le coup de foudre de Jésus doux et définitif, lui "le chemin". Et peu de temps après, l'appel intérieur, mystérieux, dans la communauté du... Chemin Neuf !

Hommage à Michel

chants voyageurs

Au point de départ : deux musiciens amis de la Communauté. Valter Ferrero, guitariste éblouissant et iconoclaste, qui m'a donné sa guitare "Mavi", bijou du luthier Gabriele Ballabio. Puis Dondieu Divin, talentueux pianiste franco-indien, qui a encouragé et arrangé un premier ensemble de chansons (voir ci-contre et cliquer). Ensuite un contrebassiste d'une rare élégance, rencontré par Dondieu lors d'un concert à Londres :

Michel Peyratout. Intrigué par cette musique "étonnante pour une bonne sœur" (ha ha ha !), il est devenu le fidèle accompagnateur de nos concerts. Après 8 ans, Michel nous réunit autour de son lit de mort avec son ami de longue date, Olivier Bloch Lainé. Puis la générosité de nouveaux donateurs permet de réaliser un rêve : enregistrer "Nativités" à la Frette...

Sacré Michel ! Tu étais une espèce d'ovni en perpétuelle recherche. Fâché avec le monde, tu vivais de presque rien, un peu comme un ascète. Tu étais en même temps un gentleman-contrebassiste

Tu avais connu l'époque dorée des musiciens de studio dans le Paris des années 70, accompagné Montand, Salvador ou Bécaud, mais tu regardais tout cela avec distance, modestie et sans nostalgie.

 

Par-dessus tout tu aimais Bach, qui t'apprivoisait à Dieu. Tu cherchais en tout la "note juste", si bien que tout ce qui sonnait faux - dans la musique comme dans la vie - te rendait fou. Et fou, tu l'étais quelque peu ! Tu ne pouvais pas concevoir le mal qui traverse l'humain. Quand on te demandait comment ça va, tu disais toujours avec un sourire (et l'accent de ton sud) : "Parfait !". Mais je sais qu'à la fin toi-même tu as trouvé pardon et paix. A bientôt l'ami, à tout moment dans le Christ ! 

Est-ce que ce sont des chansons que je fais ? Je n'en suis pas sûre. Ces chants-voyageurs accompagnent de loin en loin l'écriture de poésie. Peut-être en diffusent-ils la musique silencieuse, comme par un autre raccourci, un cri du cœur. Bien que j'écrive en français je me sens proche de Léonard Cohen, Paul Simon, Lhasa de Sela, et peut-être plus encore des poètes anonymes du fado et du flamenco. Dans ces traditions le profane rejoint le sacré, le savant et le populaire ne sont pas séparés. Et la musique n'y est pas sacrifiée au texte. Est-ce que tout cela peut "marcher" en français ? Je ne sais pas, seulement qu'il m'est donné, même tardivement, de persévérer.

photo © Christian Drouillard