Si vous avez lu le cantique des cantiques, vous vous êtes peut-être demandé : "Mais que vient donc faire ce petit livre au cœur de la Bible ? Comment ce poème, qui chante un amour si sensuel entre un bien-aimé et sa bien-aimée, a-t-il pu trouver place dans le livre saint de la Parole de Dieu ?"

 

Si vous ne l'avez pas lu, peut-être en avez-vous entendu des extraits dans les célébrations de mariage, en 1ère lecture, ou en chant d'entrée : "Viens ma toute-belle, viens dans mon jardin, l'hiver s'en est allé et les vignes en fleurs exhalent leurs parfums, viens dans mon jardin…" (Ct. 2) Vous avez alors sans doute pressenti que cet étonnant poème exalte toute la beauté de l'amour, sa splendeur, jusque dans ses accents les plus tendres et charnels…

 

Dans ce petit livre de huit chapitres, les chants d'amour s'enchainent par petites touches successives qui forment peu à peu un tableau complet, à la manière d'un peintre impressionniste, ou, comme dans une promenade en montagne, quand on découvre des paysages qui nous saisissent et nous enchantent l'un après l'autre.

 

Mais de quel amour parle-t-on dans ce cantique des cantiques ?

- C'est d'abord l'amour très concret d'un homme et d'une femme, que l'on chantait peut-être au cours des noces dans l'Israël ancien. C'est le sens littéral, évident et immédiat.

- Mais on peut l'entendre aussi au sens allégorique et spirituel. On peut alors y percevoir l'image de l'amour de Dieu pour son peuple Israël, ou pour tous les êtres humains…, l'image de l'amour du Christ pour l'Eglise, ou pour toute l'humanité. Les saints et les mystiques y ont vu aussi l'image de l'union intime de Dieu avec l'âme humaine dans un amour infini, seul capable de combler toute la quête du cœur humain.

 

                    En fait, nous n'avons pas à choisir ici entre l'amour humain et l'amour divin, car le cantique des cantiques nous entraine irrésistiblement à découvrir l'amour divin à partir même de l'expérience de l'amour humain, le sens spirituel à partir du sens littéral. C'est un amour humain et divin tout à la fois. Le bien-aimé est donc beaucoup plus qu'un homme banal, comme le laisse entrevoir l'évocation, à plusieurs reprises, du roi Salomon (Ct. 3,6-11) qui renvoie au seul qui soit vraiment roi et source de paix en Israël : Dieu lui-même ! (Salomon = Shalom  : Paix en hébreu). La bien-aimée est beaucoup plus qu'une femme ordinaire, elle représente le peuple d'Israël, comme nous le donnent à deviner, par exemple, les chapitres 4 et 7 qui la décrivent à l'aide d'images évoquant tout le pays d'Israël.

 

                   Ainsi, dès que l'on approfondit la méditation du cantique des cantiques, il apparait qu'on ne peut le comprendre qu'en relation avec l'ensemble de la bible. Les innombrables allusions qu'il contient renvoient à toute l'histoire de l'alliance de Dieu avec son peuple. Les 3 exemples suivants peuvent facilement nous le faire pressentir :

 

1) Le cantique des cantiques renvoie à la création de l'homme et de la femme dans les premiers chapitres de la Genèse, la joie de la rencontre amoureuse des bien-aimés faisant écho au cri de jubilation d'Adam lorsqu'il découvre Eve pour la première fois (Gn. 2,23). Dieu lui-même se promenait alors dans le jardin d'Eden, lieu de délices et de bonheur, comme un ami, un intime (Gn. 3,8). De même, le bien-aimé du cantique des cantiques "descend dans son jardin" à la rencontre de sa bien-aimée (Ct. 6,2). Le jardin sera aussi le lieu de la "nouvelle création" lorsque, plus tard, Jésus ressuscité se révèlera à Marie-Madeleine… dans un jardin ! (Jn. 20)

 

2) Il faut noter également que le cri des prophètes parcourt en filigrane tout le cantique des cantiques. Par leur bouche, Dieu, tel un époux qui ne peut renoncer à son amour, exprime son désir irrépressible de nouer une alliance de tendresse et de fidélité avec le peuple d'Israël. Ainsi, en Osée (2,16), Dieu déclare : "Je vais la séduire, la conduire au désert, et là, je parlerai à son cœur !"

 

3) Le Nouveau Testament est traversé lui-même par les images du cantique des cantiques qui lui donnent une profondeur insoupçonnée. Ainsi, la scène où Marie, la sœur de Marthe, oint les pieds de Jésus avec un nard précieux dont la bonne odeur emplit la maison, fait inévitablement penser à ce nard unique que la bien-aimée du cantique des cantiques répand pour son roi (Jn. 12,1-8 / Ct. 1,12). Et comment comprendre toute la portée de cette rencontre extraordinaire entre Jésus ressuscité et Marie-Madeleine au matin de Pâques si on oublie la recherche éperdue de la bien-aimée, dans la nuit, en quête de celui qu'elle aime plus que tout ? (Jn. 20 / Ct. 3,1…) Dans l'évangile, Jésus réjouit les invités aux noces de Cana (Jn. 2) ; il se présente comme l'époux des noces nouvelles (Mt. 9,14-17), de ces noces qui s'accompliront pleinement lorsque "Jérusalem descendra du ciel, belle, comme une jeune mariée parée pour son époux" (Ap. 21,2). Saint Paul l'exprimera à sa manière : "Ce mystère de l'alliance entre l'homme et la femme est grand, il révèle la relation même du Christ et de l'Eglise !" (Eph. 5,32)

 

                  Alors, ouvrons tout grand notre cœur et nos sens pour entrer dans l'émerveillement de cette alliance d'amour… Avec la bien-aimée, courons à la rencontre de notre bien-aimé : "notre joie et notre allégresse". (Ct. 1,4)