Le noël de Nina

Je suis de celles qu'on n'appelle pas par leur nom

de celles qu'on appelle de noms d'oiseaux.

Ah Dieu sait que je n'ai pas d'ailes !

Mon seul ciel, c'est le caniveau.

Fille de feu, de joie, fillette aux allumettes

de celles qu'on allume et qu'on jette.

Ils disent que mon corps vaut de l'or et me paient en argent.

Ils encensent leur pauvre joie quand la myrrhe coule des draps.

Pardonnez ce langage cru et précieux

je viens d'un Orient maudit et merveilleux

où la terre se brise aux neiges de minuit

mais jamais je n'ai eu aussi froid qu'ici.

 

Amour, amour, tu n'es qu'un mot !

Le fleuve Amour aussi est beau

quand il charrie banquise et nuit... 

Ma babouchka me lisait des pages d'évangile.

L'icône rougeoyait, la nuit versait ses huiles.

Ah qu'il est loin, le temps de mon cœur d'enfant !

Le livre s'est fermé comme une huître au-dedans.

Les coupoles dorées, les chandelles chancèlent

l'église est aussi vide que vide est le ciel.

Ce soir, je fais la grue dans les rues de Paris. 

A côté d'une église j'attends, je maudis.

Mais quel est ce rougeoiement qui m'attire au-dedans ?

Quel est ce fin murmure de silence ardent ?

Quelle est cette douceur d'agneau qui dit, sans mots 

"ma Nina je t'attends depuis si longtemps..."


Amour, amour dans le ruisseau

le fleuve Amour n'est pas si beau

quand il charrie banquise et nuit !

Voici l'or brillant de mes larmes

voici l'encens de mon baiser

voici mon parfum bon marché.