Le soir, alors qu'il arrosait le jardin,

il était une pluie marchante, avec son arrosoir.

Il implorait le pieu de bois,

la fève et l'espalier, les courges, les choux,

le concombre dans une houle de feuilles.

Un sou dans sa poche sonnait le carillon.

Il se réjouissait des cerises rouges.

Le silence se répandait sur les arbres,

les plates-bandes vastes, le tas de fumier.

Silence qui, peut-être, n'était pas qu'un rien.

*

 

Dans le vasistas des toilettes brillent des étoiles

en scintillantes guirlandes de fusées

répandues dans le ciel noir :

enflammées, elles ne se sont pas éteintes.

Par une perspective inversée étrangement

leurs clartés viennent converger

ici, en un feu brûlant jaune, sans mouvement

sur le mur chaulé.

Et jusqu'en moi. Quelque part, au loin,

je sais cette chaleur, à mon insu,

elle et le lieu qu'elle brûla

sur un long chemin de solitude.

                                                                          Tu vis que tu existais (1998)

*

Le soir, en chemin pour la maison.

Mais déjà la nuit est là.

C'est bien que la maison soi éclairée

et qu'elle transparaisse dans l'ombre,

c'est bien qu'elle soit éclairée, même si on ne saurait la voir

- tant elle est loin.

Et je me sens plus gai.

La forêt remue et murmure,

une myrtille boit le noir.

Un moucheron-étoile sur la chaussure.

Dans les craquements secs sous la semelle :

une branche, un os, une parole.

D'espoir ?

Le silence s'ouvre.

Quelque chose est là, tout

près, si près qu'on voudrait crier :

une noisette sous le coudrier nu.

Un sentier s'en va sans détour

qui ne débouche sur personne, en aucun lieu.

                                                                            1995

                        Anthologie de la poésie tchèque contemporaine 1945-2000

                  (choix, présentation et traduction de Petr Kral) Poésie Gallimard 2002