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Où vont les trains

À force de trains, tu comprends

qu'un rail lumineux toujours

mène à l'Orient.

 

Que le train aille à l'ouest, au sud, au nord

et plus encore à l'est

comme aujourd'hui à Varsovie

où l'automne doré lave en ton cœur

le cadavre et le nouveau-né

 

il te semble arriver au bout de l'Occident

au bout de l'alphabet

dans un déluge bleu léger 

 

où se diluent tous les slogans.

Luys i luso 

                         à Tigran Hamasyan

 

Dernier soir de l'année.

Il y a de la neige dans l'air

mais au ciel, rien, juste une étoile

qui ne fond pas.

 

A la radio le chœur d'Erevan 

et un piano sombre, limpide.

J'écoute les flocons de neige

dans le piano de Tigran.

 

Ils tombent, musique pure

sur l'Arménie sans sépulture.

 

Ils ne fondront jamais.

Fin août entre chiens et loups

 

La dernière couleur à aller se coucher

comment la nommer ?

Ce bleu sombre, argenté

qui met sur la forêt, les fenêtres, les toits

une pommade de silence

tu peux lui comparer bien des choses

– dont on dit qu’elles sont bleu-ciel 

ou bleu-nuit –mais ce bleu

à quoi le comparer, quelle est sa couleur ?

 

Il ressemble à un regard

qui ne serait que lumière.

Stèle

 

Le jeune homme s'est courbé

en point d'interrogation

il est devenu le point

dans le nœud coulant du pourquoi 

le silence était quelqu'un

qui le prit dans ses bras.

      

 

Mourir est le miracle


La ligne d'arrivée t'a franchie
– tu n'étais plus qu'un fil 
de souffle –
et je n'ai su qui applaudir
d'elle ou de toi.

 

La ligne d'arrivée t'a franchie
et tu t'es laissée affranchir.

 

Comme un entraîneur à côté
d'une étrange piste de draps, j'ai crié 
bravo
avec une foule invisible
qui traversa le mur.

 

 

 

Cinq flammes...

 

 

Cinq flammes

une icône d’ombre.

 

Petite flamme de ma mère jaune

petite flamme de mon père noir

petites flammes de mes deux petites sœurs.

 

O la jaune s’est éteinte

ce n’est rien

 

toute la pièce est en feu

 

et aussi le noir de la nuit.

 

 

        L’arbre de la cour

        
        La chambre qui t'a vue grandir
        – une nuit tu sentis tes jambes qui poussaient 
        doucement dans ton lit
        et tu sus la douleur de l'herbe – 

      

        cette chambre s'éteint dans ton souvenir.
        Mais s'allume à travers le temps
        l'arbre derrière le mur.

        

        Comme il était petit sous les dures façades            
        et comme il était grand 

       

        versant telle goutte de ciel
        – âcre parfum de feuille et de pluie, en été
        baume d'un rossignol sonnant minuit – 
        sur telle plaie de tes racines !

 

 

 

 

        Poème entre fille et père


        “Des fleurs pour lui”, pensent mes pas
        jusqu’au fleuriste : cinq iris
        fermés comme craies d’améthyste
        alchemille et lys des Incas.
        
        La rencontre fut douce-amère
        sourires, puis larmes sans mots.
        Plus tard il m’envoie la photo :
        les cinq iris se sont ouverts.        
        
        Violet-soleil, blanc moucheté
        vert d’eau : fleurs devenues couleurs
        par quelle couleur de bonté ?

      

        Il fallait bien un peu de pluie
        pour que s’ouvre le cœur des fleurs
        ce bouquet, entre moi et lui.

 

 

 

A un marronnier de la rue

            
Dans les rue de juillet, les musiques
en plastique faisaient mal.

 

C’était les beaux, les faux quartiers
toutes vitrines dehors
belles gommes à effacer        
la mort et Dieu.

 

Mais toi, pardonnant le bitume 
- nervures de doux vert    
mort illuminée de tes feuilles 
et marrons mystérieux -

 

en marmonnant tout bas ce que la ville 
tait tout haut

 

tu as un peu sauvé mon âme
non faite
de main d’homme.

 

 

 

Ashkelon 

 

Pieds nus dans le commencement d'écume
de la mer qui est la fin
je vois l'enfance à pas d'argent
marcher sur l'eau, sourire, me faire signe.

 

 

 

Eau de pluie

                                             au pape François              
Mon vieux cœur 
ne crains pas les larmes.
Regarde ces flaques 
sur le chemin.
Tout le ciel est en elles
- oiseaux, nuages -
par une eau venue de lui.

 

 

 

Dans les pas du poème


C’est si petit, un poème 
quelques lignes sur la page
bribes d’un chemin 
su par cœur.
Mais le même cœur, à la fin
se retrouve inconnu.
C’est si grand, un poème.

 

 

 

Un banc

 

Il y a ce banc, à contre-jour
dans l’église ouverte.
Personne n’y est assis
sauf l’ombre fraîche et le soleil.

 

Telle est la couleur de ce banc :
noir de lumière
blanc de nuit
chacun pleurant muettement
l’un vers l’autre.

 

 

 

Au pays du pauvre d'Assise
                                                 pour Alfeo, pompier au grand cœur

 

Me voilà emmenée moi aussi
par les ailes d'une volonté plus grande que la mienne
sur une montagne, colline de l'Ombrie.
Pays perdu dans la lumière, même tes ombres brûlent !
Sainte Claire clignote au-dessus de la porte
le lambeau orangé de la lune
tremble dans la nuit chaude.

 

Qui donc a déchiré l'opacité des collines dans la nuit ?
Ici le noir est transparent, et ses coutures
invisibles. La déchirure n'a eu lieu 
que dans les mains, les pieds, le côté
du petit pauvre transpercé sur la colline de l'Alverne.
Elle passe encore, mal recousue
dans ta dyslexie d'enfant
Alfeo disciple surdoué, pompier devenu feu !